Vous aimez la SNCF, point final.

Il existe deux moyens pour obtenir (presque) uniquement des avis positifs de la part de ses utilisateurs ; soit vous vous investissez à fond afin de proposer un service irréprochable, soit vous empêchez les dits utilisateurs de se plaindre. La SNCF a choisi cette seconde option.

Un candidat unique: le oui

Il y a quelques temps déjà, un tweet avait attiré mon attention sur une borne mise en place par la SNCF. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'en gare de Bourges je tomba nez-à-nez avec cette étrange machine qui semble puiser directement son inspiration dans le système électoral Nord-Coréen.

La borne

Dès le départ, le système est bien rodé. Un gros compteur est chargé de vous rappeler que la population, en liesse, acclame les services de la SNCF. Qui seriez-vous pour oser défier ces fiers patriotes dont le nombre est fièrement mis en valeur par l'entité gouvernant le rail français ? Vous êtes donc priés de rejoindre cette multitude d'avis positifs en appuyant le plus simplement du monde sur le gros bouton avec un cœur représenté dessus. Vous avez également le droit de laisser votre enfant de 10 ans jouer avec le bouton, la joie que lui procurent les services de la SNCF est telle qu'il faut bien plusieurs pressions sur ce bouton pour pouvoir la représenter fidèlement.

Être un dissident

Malheureusement, à la suite d'une précédente expérience dont vous n'avez pas vraiment été satisfait, vous avez envie d'exprimer votre dissentiment. À défaut de pouvoir vous courir après avec un bâton en hurlant « hérétique ! », la borne vous présente un QR Code à scanner. D'emblée, si vous ne disposez pas d'un smartphone, vous êtes priés de vous taire et de passer votre chemin, infidèle que vous êtes. Si les forces du mal vous ont pourvu d'un de ces engins de malheur et que vous avez osé télécharger une application vous permettant de scanner le QR Code, ce dernier vous indique une URL où commencer votre pérégrination : http://monavis.sncf.com/Lh (la fin de l'url change en fonction des bornes, par exemple /ij dans le tweet).

Étape 1

Afin de vous donner une chance de rentrer dans le droit chemin, la SNCF vous propose à nouveau de répondre "oui" avec un gros et joli bouton pour agrémenter le texte. Les rebelles, eux, n'auront qu'une toute petite flèche.

Étape 2

Ha, la rédaction du message nous demandant d'exprimer pourquoi nous ne sommes pas content. 600 caractères maximum afin de ne pas trop s'étendre sur le sujet tout de même, sans mise en page bien entendu. Afin de bien vous faire comprendre que vous n'avez pas à critiquer, la zone de texte est étroite et il est impossible de l'agrandir. Encore pire, les ascenseurs permettant de visionner un texte qui serait trop grand pour la zone de texte ont été désactivés. Vous devez jouer du clavier afin de vous relire si jamais vous avez eu le malheur d'écrire un peu trop. Une fois cette séance de torture terminée, vous pouvez passer à l'étape suivante.

Étape 3

Rebelle jusqu'au bout des ongles, vous ne souhaitez pas recevoir de réponse de la SNCF et laissez donc ce champ vide. mais heureusement la SNCF sait mieux que vous ce que vous souhaitez et vous impose donc de lui communiquer votre adresse email afin de pouvoir répondre à votre message. Heureusement, yopmail est notre ami. Notez bien que rien n'indique que votre message sera bien pris en compte dans le cas où vous fermeriez la fenêtre sans soumettre votre adresse email.

Étape 4

Et ça y est, tout est bien pris en compte. Nous n'avons plus qu'à attendre la réponse de la SNCF.

Étape 5

On remarquera un petit lien tout en bas à droite qui mène vers la mention CNIL. En lisant ce PDF vous constatez que si vous désirez votre droit d'accès, de rectification et de suppression de vos données personnelles, vous devez écrire une lettre papier à la SNCF. Bien entendu, il vous faut payer l'affranchissement de la lettre et y joindre un justificatif d'identité. Mais pourquoi diable devoir justifier de son identité quand on ne vous a jamais demandé votre nom ?

Tags