Osez le libre pour vos photos !

Étant immergé aussi bien dans l'univers du logiciel libre que de la photographie amateur, je ne peux que constater une chose : le plupart des autres photographes amateurs ont peur qu'on leur "vole" leur travail et s'empressent de restreindre tout droit d'utilisation de leurs photographies. Lorsque l'on est libriste, un tel constat ne peux que rendre triste. Cependant, je comprend parfaitement cette inquiétude et je l'ai moi même ressentie lorsque j'ai débuté en programmation. Voici pourquoi aujourd'hui je publie cet article dont le but est de sensibiliser mes collègues photographes amateurs à la philosophie du libre.

Rappel au sujet du droit d'auteur

En France et dans d'autres pays, principalement Européens, on parle de droit d'auteur contrairement aux pays du common law où l'on parle de copyright. Ce sont deux concepts différents mais cependant très proches et dont la similarité est telle qu'on les confond, d'autant plus que la Convention de Berne est respectée par les deux systèmes. Dans le cadre de cet article nous parlerons du droit d'auteur en France, mais le principe reste exactement le même dans les autres pays, y compris ceux où le copyright règne.

Avant d'aller plus loin, il est indispensable de savoir que le droit d'auteur (ou le copyright) s'appliquera toujours : il n'est pas indispensable de déclarer une œuvres ou de faire une quelconque autre action pour que cette dernière soit protégée. Toute œuvre créée est automatiquement protégée par le droit d'auteur, et ce quel que soit la condition de son auteur (simple amateur, professionnel ou autre) : c'est un des principes garantis par cette fameuse Convention de Berne. Un autre élément très important du droit d'auteur est sa division en deux types de droits :

Le droit moral

C'est le droit qui vous identifie comme auteur de votre œuvre. En France et de nombreux autres pays ce droit est inaliénable, vous ne pouvez pas céder ce droit, même si on vous paye pour. Dans certains pays il est possible de céder ce droit, mais c'est souvent sous conditions. Gardez donc bien ça en tête : quoi qu'il se passe, vous conserverez ce droit et serez donc toujours reconnus comme l'auteur de vos créations, il n'est pas question de vous enlever votre paternité.

Les droits patrimoniaux

Le droits patrimoniaux regroupes tous les droits relatifs à la diffusion et reproduction de votre œuvre. Ils servent à définir qui a le droit d'utiliser vos œuvres, quand et comment. Ces droits peuvent être cédés ou gérés par des collectifs d'artistes et autres associations et ont une durée limitée avant que l'œuvre ne tombe dans le domaine public. Ce sont de ces droits que nous allons parler dans cet article car ce sont les seuls sur lesquels il est possible d'agir, aussi bien dans un sens que dans l'autre. Il faut savoir que par défaut, c'est à dire si l'auteur n'a rien spécifié à ce sujet, ces droits sont très restrictifs : il n'est pas permis d'utiliser l'œuvre sans accord de l'auteur. Ceci est une règle que l'on pourrait qualifier de règle de politesse ou de savoir vivre, cependant elle pose beaucoup de problèmes comme nous allons le voir dans la suite de cet article.

La philosophie du libre

Comme vu dans le point juste au dessus, il est hors de question de vous déposséder de vos créations. Nous nous intéressons uniquement aux modalités de publication. Le principe du libre est très simple : il s’agit pour l'auteur de définir des droits patrimoniaux qui permettent à n'importe qui dans le monde d'utiliser son œuvre sans avoir à demander d'autorisation, le tout potentiellement sous certaines limitations. Ceci peut faire peur à première vue mais, quand on y pense plus en détail, c'est la seule véritable règle de politesse. Nous parlerons de ce "pourquoi" un peu plus loin dans cet article, pour le moment attachons nous au libre en lui même.

Dans le cadre d'un logiciel, la FSF (Free Software Foundation) définis quatre libertés fondamentales nécessaires pour qu'un logiciel soit dit libre :

  • La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).
  • La liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.
  • La liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (liberté 2).
  • La liberté de distribuer des copies de vos versions modifiées à d'autres (liberté 3). En faisant cela, vous pouvez faire profiter toute la communauté de vos changements. L'accès au code source est une condition requise.

Dans le cadre d'une photographie, nous pouvons apparenter la liberté 0 à la liberté de regarder la photographie quand bon nous semble. La liberté 1 spécifie que l'on devrais avoir le droit de modifier la photographie, de l'adapter à nos besoins ; cependant, dans le cadre d'une œuvre de l'esprit, il est compréhensible que ce droit de modification puisse être restreint, en particulier pour les textes afin d'empêcher des porter atteinte à l'auteur ou à l'intégrité de l'œuvre. La FSF elle même reprend cette idée de non-modifications et l'utilise pour le contenu des pages de son site web. Les deux dernières libertés parlent d'elles même, le principe est que si vous avez pu obtenir une copie de l'œuvre alors vous pouvez vous même en diffuser des copies. Ces copies peuvent être aussi bien numériques (diffusion sur internet ou autre de la photo) que physique (diffusion de tirages).

Quelques licences libres

La liberté c'est bien joli, mais il ne faut pas faire n’importe quoi non plus. Nous ne sommes pas les premier à vouloir libérer nos œuvres et heureusement pour nous nos aînés ont mis au point des licences dites libres. Ces licences permettent de respecter les libertés que nous avons vu tout en évitant des abus.

Licences Creative Commons

L'association à but non-lucratif Creative Commons a développée plusieurs licences libres spécialisées dans les œuvres de l'esprit. Ces licences ont de grands avantages :

  • Elles sont claires, expliquées simplement grâce à texte descriptif simple accessible à tous.
  • Elles disposent de textes juridiques précis et rédigés par des professionnels du droits.
  • Elles sont simples à reconnaître grâce à leurs noms et logos.
  • Elles sont vastement utilisées à travers le monde et donc très connues.

Je recommande l'utilisation d'une de ces licences pour toutes vos photographies et autres choses du genre. D'une manière personnelle, afin de diffuser mes photographies j'utilise la licence CC BY-SA, sauf pour les photographies de portraits pour lesquelles je préfère l’utilisation de CC BY-NC-ND ou CC BY-NC-SA. Pour plus de renseignements, regardez la page des licences Creative Commons.

Quelques autres licences

  • Le domaine public. Ce n'est pas franchement une licence, mais il faut en parler. Placer une œuvre dans le domaine public revient à autoriser toute forme d’utilisation de cette dernière. Autant dire que c'est très permissif, un peu trop sans doute. C'est utilisé principalement par les états afin de diffuser des données publiques. On y retrouve également les œuvres dont les droits patrimoniaux ont pris fin.
  • Licence Art Libre.
  • GNU General Public License. Bien que prévue pour des logiciels, il est possible de l'utiliser pour protéger d'autres créations.
  • Toujours un peu plus orienté logiciel, le projet GNU met à notre disposition une liste de licences libres.

Comment protéger une œuvre avec une licence de son choix ?

Il n'y a rien de plus simple : il suffis de l'indiquer clairement. C'est ce qui découle de la Convention de Berne dont nous avons parlé au début, il n'y a pas besoin d'aller effectuer des actes d’inscription ou autre pour protéger son œuvre. Dans le cadre d'une licence Creative Commons, des textes et images sont fournis par le site afin de pouvoir indique de manière claire et précise la licence encadrant l'utilisation de l'œuvre. Il est a noter que certains outils de publication intègrent de base cette fonctionnalité. C'est par exemple le cas de Flickr qui permet, si l’utilisateur le souhaite, d'intégrer automatiquement (ou ponctuellement) une licence Creative Commons aux œuvres.

Pourquoi choisir une licence libre ?

C'est bien joli de présenter les licences libres et d'expliquer comment les appliquer sur nos créations, mais qu'est-ce qu'on y gagne au final ?

De la visibilité

Vous ne le savez peut être pas, mais il existe des outils automatiques qui permettent de rechercher des medias libres. En voulant qu'on nous demande la permission avant d’utiliser notre œuvre, nous nous privons tous ces outils automatisés qui permettent la diffusion et nous font de la publicité gratuite. Quel dommage de se priver d'une diffusion gratuite lorsque l'on es pas un grand photographe reconnu pour qui la célébrité ne pose pas de problème, mais si vous préférez rester dans votre coin c'est votre choix. Bon à savoir : les outils automatisés dont je parle ne vont pas toujours savoir associer la licence à l'image et donc, dans le doute, peuvent ne pas référencer une image sous licence libre. Ainsi, si vous faites votre site vous même il y a des chances pour que vos images ne se retrouvent pas sur ce genre d'outils. cependant, si vous utilisez des outils tels que Flickr et utilisez leurs fonctionnalités d'attribution de licences, alors vous pouvez être quasiment certain de bien être visible.

Du respect mutuel

Il peut paraître étrange que ne pas avoir à demander la permission pour utiliser une de nos œuvres soit poli. Et pourtant c'est le cas. En donnant explicitement le droit d'utiliser notre création, nous donnons notre permission avant que quelqu'un nous la demande, il n'y a strictement rien de malpoli. Mais c'est loin d'être tout… car le respect doit se faire dans les deux sens. Quelqu'un qui souhaite utiliser une image et qui doit demander lui même l'accord préalable de l'auteur doit mettre en place les moyens nécessaires à cette demande et attendre l'accord. Dans le cadre d'une personne éloignée géographiquement (parfois sur d’autres fuseaux horaires), d'un auteur difficilement joignable ou, bien pire, de personnes ne parlant aucune langues communes, ceci pose un gros soucis de retard et rend l'utilisation potentiellement impossible. Est-ce poli de devoir faire attendre, parfois longtemps (ou indéfiniment), une personne qui souhaitais simplement publier sur son blog une photo qu'il trouve joli ? Je ne pense pas.

Un exemple concret

Ce qui m'a poussé à écrire cet article est une anecdote qui m'est arrivée il y a très peu de temps. En regardant les statistiques de mon compte Flickr, j'ai remarqué que des visiteurs étaient arrivés dessus depuis un nom de domaine qui me semblais étrange. ce domaine correspond à un site web Suédois qui semble être une sorte de blog ou de journal. En regardant, je me suis rendu compte qu'ils avaient utilisé une de mes photo (libre bien entendu) comme illustration principale d'un article et m'avaient donc cité comme auteur de la photographie. Grâce à l’utilisation d'une licence libre, l'auteur de cet article a pu, en toute légalité, utiliser une de mes photographies sans avoir à demander quoi que ce soit, et donc publier son article à temps. Dans le cadre de cette licence, il a clairement indiqué mon nom en tant qu'auteur de la photographie et a même mis un lien vers ma galerie Flickr. J'y ai gagné en renommée, mais surtout en fierté. Au final tout le monde est contant, aussi bien celui qui peux utiliser l'image sans rien avoir à demander à personne que l'auteur qui a de la publicité gratuite et est tout content de voir son œuvre appréciée.

Si je n'avais pas utilisé une licence libre, pensez vous vraiment que me photo aurait pu faire la une de son article ? Ceci aurait nécessité que la personne écrivant l'article me contacte… en suédois ? ^^ Je ne sais pas quelles langues il parle, nous aurions sans doute pu utiliser l'anglais, mais rien de certain. Ensuite il aurait du attendre ma réponse. heureusement pour lui, je regarde assez souvent mes messages, mais ça l'aurait quand même retardé de quelques heures environ. Et puis d'abord est-ce qu'il aurait trouvé ma photo ? Si, pour ne pas se prendre la tête, il a utilisé un outil de recherche de contenu libre, je ne serais même pas apparu dans ses résultats de recherche.

Notez qu'il ne s'agis pas d'un cas isolé, ça m'est arrivé d'autres fois !

Vendre des œuvres libres

Tirer quelques bénéfices de ses créations n'a strictement rien d'incompatible avec le libre. Que ce soit de la vente de tirage papier ou bien de la vente de droits d’utilisation, c'est possible. Oui, j'ai bien parlé de vente de droits d'utilisation. Il est tout a fait possible de proposer ses œuvres sur différentes licences simultanément. Ainsi, si une personne souhaite obtenir des droits que ne lui confère pas la licence libre, vous pouvez négocier avec elle afin de lui vendre une licence d'utilisation adaptée à ce qu'elle veux faire de votre œuvre. Ceci peut se rencontrer lorsque vous interdisez une utilisation commerciale de l'œuvre et qu'un publicitaire souhaite l'intégrer dans une campagne de pub.

Conclusion

Pourquoi se priver du libre ? Vous n'êtes en rien spolié, bien au contraire, tout ce que vous risquez c'est d'obtenir de la publicité gratuite ! Votre statut d'auteur est reconnu, personne n'a besoin de s'embêter avec des détails administratifs rapidement ennuyeux et tout le monde est content… que demander de plus ?